Sur ma route #29 : chez…

Dimanche 29 novembre

Nous sommes dimanche et nous irons rendre visite à papi et mamie. Ce ne sont pas des déjeuners dominicaux chez eux dont je me souviens, mais plutôt des images, plein d’images dans ma tête, des saveurs et des lieux. 

Nous ne sommes pas sur une page précise de l’Atlas Routier France Michelin daté de 1996. Enfin un peu quand même, mais entre les deux, sur ma route, du Mans (page 51) à Alfortville (page 36). 

Ni voyez pas d’ordre de préférence dans mon énumération, je les pose là. Un inventaire à la Prévert qui n’évoquera pour vous qu’une liste, mais qui veut dire beaucoup pour moi.

Papi et mamie du Mans, rendez-vous avenue Rubillard

Le marché : l’art de vivre en province, la sortie dominicale longtemps seulement réservée aux parents.

Les rillettes : ma Madeleine de Proust, une texture que je continue de chercher encore aujourd’hui. Non, toutes les rillettes ne se ressemblent pas ! 

Le PMU : le petit blanc au comptoir, les courses de chevaux, l’ambiance du PMU de quartier.

Le restaurant chinois et l’Indochine de papi : les mêmes histoires toujours, jamais celles de la guerre, toujours celles des rencontres avec les habitants, et puis le saké bien sûr !

Le poudrier de mamie : une odeur de beauté, j’ai son petit miroir de poche avec un reste de poudre qui s’en encore et que je garde précieusement, que j’ouvre rarement.

Le poste radio et la valise RTL… ah ces heures à l’entendre, à s’asseoir dans le fauteuil, dos à la fenêtre.

Le pot de chambre… il faisait froid parfois l’hiver dans notre chambre du tout dernier étage… empli de  mystères…

L’atelier de papi… tous ces outils, cet antre dans laquelle on entre comme dans un rêve… regarder à droite, à gauche, s’émerveiller de tous les possibles.

Le gâteau au yaourt qui nous attendait dès le samedi après-midi sur le buffet de la salle à manger, prêt à être dégusté… et qui nous narguait jusqu’au dimanche matin !

La boîte de biscuits (les gaufrettes à la vanille) et l’autre pleine de carrés de chocolat, placées sous le petit placard de la fenêtre de la cuisine, un petit bout de pièce à peine éclairé, où nous nous faufilions à peine arrivées.

Les poules et nos restes de repas, mais surtout leurs œufs à la coque dont nous nous régalions.

Le retour du dimanche soir, après le repas, en écoutant Le Masque et la Plume et les lumières dans la nuit, en entrant dans Paris.

Ce petit bout de jardin avec son portillon tout au fond, une porte entrouverte pour embrasser l’aventure de la vie…

Papi et mamie d’Alfortville… même quand ils se sont installés à Paris, rue Mongallet, rien n’a changé

La tour HLM et son dernier étage, chez eux : un métissage total dans lequel nous débarquions avec la voiture en forme de poire tous les mardis soirs.

Les trains qui passent, le jour, la nuit et qu’on finit par ne plus entendre.

Le riz thaïlandais des voisins, un riz gluant dont on se régalait avec les doigts.

Les western du mardi soir, toute une culture faite sur le poste de télévision… quand il n’y avait pas un match de foot !

Les séances d’entraînement à la piscine Roger Gallet.

Le Club Dorothée et le catéchisme du Père Michel le mercredi.

Les bugnes de papi… et ce plaisir annuellement retrouvé dans le Beaujolais, les craquantes ou les moelleuses, deux écoles mais pour moi toujours le même souvenir de leur confection.

Les matchs de foot commentés en direct… et l’arbitre qui n’y connaît rien. Et le silence religieux quand c’était le cousin de ma mère à l’antenne qui commentait !

Papi qui s’endort aux toilettes le soir après avoir fait la vaisselle…

Les courses à la Coop, toute une aventure, une sortie pour se dire bonjour, et pour acheter ce dont on a besoin, mais pas plus.

Le vélo sans les petites roues sur le chemin le long du stade… ça n’a pas été simple !

Les clafoutis aux cerises de Bessenay, bien juteuses, toutes noires.

Le petit déj sur le plateau de l’AS Saint Etienne, un moment auquel on ne déroge pas, qu’on ne dérange pas.

Le passé de cheminot de papi et cette envie de monter dans un train en marche pour attraper celui de la vie.

Voilà ce que mes grands-parents m’auront offert, un espace où déguster, s’évader, rêver, prête à partir à l’aventure !

Alors demain, on arrive où ?!

Eté 1990 : Papi d’Alfortville, Mamie du Mans, Mamie d’Alfortville, Papi du Mans –
© Archives Bernard François – tous droits de reproduction réservés

Un commentaire

  1. C’est beau d’avoir pu connaître ses papis mamies ! Des souvenirs qui construisent la vie (surtout les gaufrettes à la vanille et le plateau intemporel de l’AS 😉 )

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